Thème Développement économique 
Le 06/11/12

« Le cycle de financement traditionnel est en pleine mutation » 

Élisabeth Eychenne, directrice générale du Crédit Agricole de Franche-Comté, répond à nos questions concernant le financement de l'économie.

Élisabeth Eychenne
Pour Elisabeth Eychenne, directrice générale du Crédit Agricole de Franche-Comté, la réglementation à l'étude tient peu compte des spécificités du modèle d'intermédiation français, pourtant beaucoup plus sûr. ©A. Goulard

Comment, jusqu’ici, les banques remplissaient-elles leur rôle de financeur de l’économie ?

Le métier traditionnel d’une banque est de transformer les ressources qu’elle collecte, inscrites à son bilan, de façon à accorder des crédits, également inscrits à son bilan, à ceux qui en ont besoin. Cette double vocation est à l’origine du Crédit Agricole, né en Franche-Comté en 1885. Aujourd’hui, ses Caisses régionales financent tous les secteurs et les marchés, y compris les collectivités publiques dont elles ne peuvent pourtant pas, légalement, collecter l’épargne. En 2011, 400 milliards d’euros de crédits ont été ainsi distribués par les Caisses et 700 milliards à l’échelle du groupe Crédit Agricole. 

Pour quelles raisons ce cycle traditionnel est-il remis en cause ?

Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. D’une part, pour accompagner le développement des économies, les banques ont considérablement accru leur distribution de crédits dans les années 2000. Le volume de collecte n’augmentant pas au même rythme, elles ont dû se tourner vers les marchés, internationaux pour l’essentiel, pour y trouver les fonds qui leur manquaient. En France, s’y ajoute le fait qu’une partie de l’épargne qu’elles collectent ne vient pas dans le bilan dans les banques : toute celle notamment qui s’investit en assurance vie, particulièrement attractive du fait de son traitement fiscal, en sicav et fonds de placement, et une partie de l’épargne réglementée (livret A, LDD, etc.).

Du coup, les banques dépendent, plus qu’auparavant, des marchés financiers qui les approvisionnent en liquidités. Mais, sur fond de crise de la dette souveraine européenne et de crise de confiance, les sources de refinancements américaines se sont taries. À ce défaut de ressources s’ajoutent les règles prudentielles de Bâle III que l’Union européenne souhaite appliquer dès 2013, contrairement aux États-Unis.

Cycle de financement de l'économie

Quelles sont les conséquences de la nouvelle réglementation bancaire ?

Le niveau de fonds propres et les ratios de liquidité requis ont été considérablement relevés! Le principe est sain puisqu'il vise à sécuriser les banques, et donc les dépôts de leurs clients. Mais la réglementation à l'étude, inspirée du modèle anglosaxon, tient peu compte des spécificités du modèle d'intermédiation français - et largement européen -, pourtant beaucoup plus sûr. C'est quand même paradoxal de privilégier les financements de marchés quand les marchés se ferment !

Et cela réduit d'autant la capacité des banques à faire des prêts qui restent dans leur bilan, et pourrait entraîner une réduction générale de la distribution de crédits. Pour continuer à remplir son rôle d’acteur économique des territoires, le Crédit Agricole explore donc de nouveaux montages financiers, notamment en synergie avec des partenaires assureurs intéressés  à replacer... sous  forme de crédits, l'épargne que les banques ont drainé vers eux !

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