Thème Innovation 
Le 03/03/20

Tradition et innovation : le duo gagnant des entreprises françaises 

Dans le concert d’une économie globalisée, des entreprises françaises parviennent à jouer une partition originale en conjuguant savoir-faire et excellence. Quand l’innovation est de la partie, elles peuvent prétendre occuper le devant de la scène avec succès.

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Des entreprises traditionnelles font parfois appel aux technologies de pointe pour que l'excellence perdure. © IStock

Étendard de l’économie française dans le monde, le luxe vient spontanément à l’esprit quand il s’agit d’évoquer l’excellence tricolore. Des groupes et des entreprises comme Kering (Gucci, Saint-Laurent…), Hermès, L’Oréal Luxe ou encore LVMH dominent leur secteur, avec une stratégie combinant habilement savoir-faire, marketing et innovation.

Mais derrière ces champions du luxe, de nombreuses entreprises d’autres secteurs tirent leur épingle du jeu. Leur secret ? Une combinaison gagnante entre tradition et ingéniosité. Ensemble, elles dessinent une carte de France des territoires où des savoir-faire se sont lentement élaborés, évoluant au gré des évolutions socioéconomiques.

Des territoires, des savoir-faire et des innovations

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En région Occitanie, le marché du voilier du luxe est en plein essor grâce à la volonté de certains constructeurs qui osent combiner innovation technologique et artisanat. © IStock

Regardons à l’Est, vers le berceau franc-comtois de l’horlogerie et de la lunetterie. Si les montres suisses et les lunettes à bas coût venues d’Asie leur ont porté des coups sévères, quelques entreprises font de la résistance. Relance de marques mythiques, nouveautés dans les mouvements horlogers ou les matériaux utilisés pour des lunettes toujours plus légères : ici, le mariage de la tradition et de l’innovation est la signature d’une excellence à la française.

En région Occitanie, la ganterie française Causse fondée en 1892 et rachetée par Chanel en 2012, a su allier la noblesse du cuir à des techniques de coutures révolutionnaires. A la Grande Motte, le marché du voilier de luxe se porte bien. Une niche que la société Grand large yachting, a su développer.

Plébiscite et soutien pour le Made in France

De quoi redonner des couleurs au Made in France qui connaît, depuis les années 2000, un engouement certain à l’étranger comme dans l’Hexagone. En 2018, l’Ifop pointe qu’au moment d’acheter un produit ou un service, plus de la moitié des Français regarde le pays de fabrication, que ce soit souvent (16 %) ou systématiquement (43 %). Pour 92 % d’entre eux, cela participe notamment à préserver les savoir-faire nationaux.

L’État entend accompagner le mouvement et a créé, au tournant des années 2000, la prime d’aménagement du territoire pour l’industrie et les services (Pat). En 2017, 38 projets ont été bénéficiaires d’une Pat, soit 23,4 millions d’euros pour soutenir 6 400 emplois, dont 2 500 créations (source : agence nationale de la Cohésion des territoires).

Des imprimantes 3D pour la céramique high-tech

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L'entreprise 3DCeram a imaginé Ceramaker, une imprimante capable de concevoir des pièces en céramiques. © 3DCeram

A travers son réseau de Caisses régionales, le Crédit Agricole s’engage lui aussi aux côtés d’entreprises qui font le choix de marier traditions et innovations pour le meilleur. La Caisse régionale Centre Ouest vient ainsi de participer au financement de la construction de la future usine de 3DCeram Sinto : un site ultra-moderne de 12 000 m² à côté de Limoges (Haute-Vienne). « Le Crédit Agricole nous a aussi fait confiance quand nous avons changé de modèle d’affaires en 2013 », se souvient Richard Gaignon, co-fondateur et président de l’entreprise. A deux pas de la cité historique de la céramique, 3DCeram vend des lignes d’impression 3D, avec des machines conçues et fabriquées par l’entreprise, ainsi que des consommables et des services associés. Avec son associé Christophe Chaput, rencontré sur les bancs de l’École nationale supérieure de création industrielle, Richard Gaignon a imaginé Ceramaker, une imprimante capable de produire des pièces en céramique. « En nous appuyant sur cette technologie unique, nous avons développé une offre complète pour accompagner nos clients sur des projets à défi technologique, poursuit cet ingénieur passionné. Outre la vente de machines dédiées, nous les aidons à choisir le type de céramique, à élaborer leur cahier des charges, à mettre au point une pièce jusqu’à son industrialisation. » Spécialisée dans les domaines de la défense, de l’automobile, du biomédical et de l’aérospatial, 3DCeram Sinto réalise près de 90 % de son chiffre d’affaires à l’international et compte parmi ses clients Safran, Air Liquide, Zeiss, Thales, le groupe Swatch, Apple ou encore le CHU de Limoges.

Le parfum à l’heure de l’intelligence artificielle et du développement durable

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Philippe Claud, délégué général du Pôle de compétitivité Terralia Parfums, Arômes, Senteurs, Saveurs. © DR

Quittons le Limousin pour la Côte-d’Azur. Les senteurs de lavande, de violette, de jasmin, de rose et de mimosa embaument toujours les collines qui environnent Grasse (Alpes-Maritimes). Haut lieu de la production de matières premières naturelles de la parfumerie, la capitale mondiale du parfum concentre près de 10 % du chiffre d’affaires mondial de cette industrie. « Face à un environnement très concurrentiel, seuls l’innovation et un savoir-faire unique combinés à la diversification maintiennent la compétitivité de ce tissu industriel. Cette diversification consiste à composer des parfums et des arômes alimentaires tout en se tournant fortement vers l’international », explique Philippe Claud, délégué général du Pôle de compétitivité Terralia Parfums, Arômes, Senteurs, Saveurs (PASS). 

A l’heure où les algorithmes, l’intelligence artificielle et le big data initient une nouvelle révolution industrielle, la parfumerie doit se préparer à ces nouveaux bouleversements. « En 2018, l’Allemand Symrise a conçu avec IBM un parfum dont la formulation a été établie avec l'assistance d'un système d’intelligence artificielle », explique Philippe Claud. « Nous sommes également très fortement positionnés sur des technologies concrètes liées au développement durable. Grâce à une collaboration ancienne et soutenue avec la Fondation d’entreprise Crédit Agricole Provence Côte d’Azur, nous avons défini le concept d’éco-extraction et mis en place une méthodologie de mesure du cycle de vie d’un ingrédient, ainsi que la mise en place d'un label mesurant la durabilité des ingrédients. »

Des capteurs intelligents pour garantir la qualité du vin

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Œnphinée fournit aux professionnels du secteur vinicole et viticole des outils d'aide à la production. © Œnphinée

Les nouvelles technologies peuvent également faire bon ménage avec le vin et ses traditions. A Bordeaux (Gironde), l’œnologue Cécile Dulimbert, à la tête d’Œnphinée, fait appel à la physique via des méthodes et instrumentations autour d’un même but : fournir aux tonneliers, vinificateurs, distillateurs et viticulteurs de précieux outils d’aide à la décision. « L’idée est de permettre à nos clients de détecter très en amont les marqueurs de réussite ou de risques susceptibles d’impacter la qualité finale de leurs produits », explique Cécile Dulimbert. Hébergée au Village by CA Aquitaine, la start-up a d’abord conçu un capteur thermique pour un tonnelier de la région.

Un autre type de capteur est en cours de développement : « Il devrait détecter le trichloroanisole, cette molécule qui donne au vin le goût de bouchon, s'enthousiasme la jeune femme. Nous concevons nos capteurs de manière à ce qu'ils tracent, reproduisent et enrichissent des savoir-faire. Ils sont là pour donner du contenu scientifique en complément de critères d'analyse sensorielle. »

Œnphinée démontre, comme beaucoup d'autres acteurs, que si développement économique rime avec innovation, bon nombre d'entreprises françaises n'oublient pas de capitaliser sur des savoir-faire qui ont su perdurer et se réinventer.