Thème Agriculture 

La méthanisation met les gaz

Le 05/02/20

Méthanisation : la clé vers un monde plus vert 

On en parle depuis plus de dix ans mais, cette fois-ci, il semble bien que la filière de la méthanisation soit en train de décoller. Avec la multiplication des installations vouées à l’injection de biogaz, la valorisation énergétique des déchets franchit un nouveau cap et s’impose comme un levier clé de la transition énergétique de la France.

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Aujourd'hui, il existe environ 500 unités de méthanisation sur tout le territoire. © IStock

Les débuts de la méthanisation ne datent pas d’hier. Au XVIIe siècle, des scientifiques découvrent que la décomposition des matières organiques produit un gaz inflammable via un processus nommé digestion anaérobie. En France, il faudra toutefois attendre les années 1970 pour que la méthanisation connaisse son premier essor dans le sillage de la première crise pétrolière, avant une traversée du désert d’une vingtaine d’années. Tout change dans les années 2000 avec la montée en puissance de nouvelles problématiques environnementales. De nombreux acteurs commencent alors à s’intéresser aux opportunités offertes par les technologies de méthanisation, en termes de valorisation des déchets et de production locale d’énergie propre. La politique de subvention des pouvoirs publics encourage les initiatives et, peu à peu, le nombre d’installations augmente. « Aujourd’hui, on en compte environ 500 sur l’ensemble du territoire, indique Florence Doucet, chez Crédit Agricole SA. La majeure partie de ce parc est encore constituée d’unités de cogénération qui produisent de l’électricité et de la chaleur à partir du biogaz. Mais, ces dernières années, on assiste à une expansion rapide des unités d’injection dans lesquelles le biogaz est épuré pour devenir du biométhane qui est injecté dans le réseau de gaz naturel. » 

Le Crédit Agricole en première ligne

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Le Crédit Agricole, partenaire de premier plan du secteur, finance deux tiers des unités de méthanisation en France. © IStock

Signe particulier de ce secteur émergent : il est essentiellement porté par le monde agricole. Et de par son intimité avec ce dernier, le Crédit Agricole joue tout naturellement un rôle de premier plan dans son essor. De fait, deux tiers des unités en fonctionnement ont été financées par des Caisses régionales ou par la filiale spécialisée Unifergie. « Mais le rôle de la banque ne se limite pas aux financements, poursuit Florence Doucet. Ainsi, la plupart des Caisses régionales ont formé ou recruté des experts de la méthanisation qui se sont organisés en réseau afin de pouvoir partager leurs expériences et leurs connaissances techniques et échanger avec les entreprises du secteur, à commencer par les constructeurs. Cela leur permet ensuite d’apporter un conseil de grande qualité aux porteurs de projets. » Le groupe Crédit Agricole s’est également doté d’une filière énergie afin de renforcer les échanges et l’expertise sur un marché en plein évolution.

Cogénération dans la Creuse

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L'exploitation de Jean-François Giraud est équipée d'une unité de méthanisation en fonctionnement depuis 2011. © J.F. Giraud.

Président de la Caisse régionale Centre France, Jean-François Giraud est à la tête d’une exploitation familiale de 160 ha spécialisée dans l’élevage et les pommes. Ce creusois est également l’un des pionniers de la méthanisation au Sud de la Loire puisqu’il s’est lancé dans l’aventure dès la fin des années 2000. « Notre installation est en fonctionnement depuis 2011, indique-t-il. Il s’agit d’une unité de cogénération de 70 kw qui produit de l’électricité revendue à EDF et de la chaleur principalement utilisée sur l’exploitation. Quand nous nous sommes lancés, l’environnement réglementaire et législatif de la méthanisation était encore flou et les technologies étaient moins matures qu’aujourd’hui. Résultat nous avons connu pas mal d’aléas. » Mais, malgré les difficultés, Jean-François Giraud est plus que jamais convaincu de la pertinence de la méthanisation. « Dans une zone d’élevage comme la nôtre, ça a tout son sens ! Dans ma commune, deux unités ont vu le jour et quatre ou cinq autres se sont montées dans un rayon de 15 km. Quant à notre Caisse régionale, elle accompagne la plupart des projets qui se montent sur nos territoires après en avoir validé la pertinence. »

… Et injection dans l’Ariège

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Le projet porté par la SAS Arseme devrait entrer en fonctionnement à l'automne 2020. © DR

Plus au sud, la Caisse régionale Sud Méditerranée est elle aussi engagée dans le soutien à la filière. A Montaut, dans l’Ariège, l’un des projets qu’elle a accompagnés devrait d’ailleurs entrer en fonctionnement à l’automne. Il est porté par la SAS Arseme, dont le dirigeant est Bernard Pujol. « Notre installation permettra de méthaniser les déchets de 58 producteurs de maïs semence, tous actionnaires du projet », indique-t-il. C’est un enjeu de taille pour les exploitants qui sont contraints par la réglementation de détruire tous les pieds de maïs semence mâle avant la récolte des pieds femelles. « Ces déchets représentent des volumes considérables très difficiles à valoriser. Avec la méthanisation nous trouvons un débouché d’autant plus intéressant que le digestat produit par le méthaniseur pourra ensuite être épandu comme engrais naturel sur les parcelles, avec de substantielles économies à la clé. » Au total 22 500 tonnes de déchets seront traitées chaque année pour produire 185 Nm3/h de biogaz qui seront ensuite injectés dans le réseau de transport de gaz naturel. Son importance territoriale, sa dimension novatrice – c’est le premier projet centré sur le maïs semence – et ses capacités d’injections ont permis au projet Arseme de bénéficier de nombreux soutiens. Outre le Crédit Agricole et les autres membres du pool bancaire, la BPI, l’Ademe, le Feder, le Syndicat départemental d’électrification, le conseil départemental et la région Occitanie accompagnent le projet.

Une nouvelle filière industrielle

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La dernière installation BioGasconha, dont le groupe Bonduelle est un partenaire clé, a été financée par quatre Caisses régionales. © Fonroche Biogaz

Si la méthanisation ouvre des perspectives intéressantes pour les filières agricoles et agroalimentaires, c’est aussi une filière industrielle prometteuse qui se structure rapidement avec l’arrivée d’entreprises dynamiques. Parmi elles, Fonroche Biogaz, implantée dans le Lot-et-Garonne depuis une dizaine d’années et acteur de référence du secteur, avec cinq unités en fonctionnement, deux en construction et d’autres projets en développement. « Notre entreprise s’appuie sur un modèle intégré qui fait sa spécificité : nous sommes à la fois développeur, constructeur et exploitant, explique Fabien Haas, directeur général adjoint de Fonroche Biogaz. Nous valorisons essentiellement des matières agricoles et des déchets de l’industrie agroalimentaire. Pour ce faire nous travaillons avec plusieurs centaines d’agriculteurs (près de 1 000 agriculteurs d’ici 2023) et également des centaines d’industriels, comme le producteur de canards Ernest Soulard qui est à l’origine de notre unité vendéenne BioLoie ou le groupe Bonduelle dont l’usine Soléal de Labenne (40) est un partenaire clé de l’installation BioGasconha. » Financée par quatre Caisses régionales du Crédit Agricole (Aquitaine, Nord Midi-Pyrénées, Pyrénées Gascogne et Toulouse 31) sous l’arrangement d’Unifergie, cette dernière usine, mise en service en 2019, permet de valoriser 80 000 tonnes de matières organiques en circuit court. Sa capacité d’injection s’élève pour l’heure à 50 MWh par an avec une projection à plus de 100 MWh, soit l’équivalent des besoins d’une population de 50 000 habitants. « Au-delà de la pérennisation des activités agricoles, de la production d’énergie renouvelable et de la création d’emplois non délocalisables, le développement de la méthanisation représente aussi un facteur d’attractivité pour les territoires, poursuit Fabien Haas. Ainsi des activités agroalimentaires pourraient prochainement s’installer à proximité de certaines de nos unités pour pouvoir y faire traiter les résidus de leur production. Cette dimension d’économie circulaire est l’un des principaux attraits de notre filière. »

Une plateforme d’investissement dédiée

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Ter’Green se positionne comme la première plateforme française de codéveloppement et de coinvestissement dédiée aux centrales d’injection de biométhane. © IStock

Malgré une belle dynamique de croissance et des atouts certains, le secteur de la méthanisation demeure une filière fragile, en particulier dans un contexte de recul des subventions et d’incertitude sur l’avenir du prix de rachat de l’énergie. Conscient de la nécessité de renforcer l’accompagnement des porteurs de projet, le groupe Keon, acteur majeur de la méthanisation en France et à l’international, est présent sur toute la chaîne de valeurs de la filière. Outre ses filiales Naskeo (construction de centrales) et Sycomore (exploitation et maintenance) il a récemment constitué une joint-venture baptisée Ter’Green, qui se positionne comme la première plateforme française de codéveloppement et de coinvestissement dédiée aux centrales d’injection de biométhane. « Ter’Green est le fruit de l’engagement de Keon pour accélérer l’émergence de projets sur les territoires, mais aussi de deux autres acteurs :  Swen Capital Partners, premier fonds spécialisé dans le secteur du gaz renouvelable, et le groupe Crédit Agricole, via le fonds CA Transitions d’Idia Capital Investissement et Calen (Crédit Agricole Languedoc Énergies Nouvelles), explique Philippe Spannagel, directeur général délégué de Keon. Son rôle est avant tout d’investir en fonds propres, en minoritaire ou majoritaire, dans des centrales d’injection de biométhane développées par des collectifs d’agriculteurs. Mais Ter’Green nous permettra aussi de partager notre expertise industrielle et notre expérience sur toute la phase de vie d’une unité de méthanisation, depuis le développement de projets, le montage administratif jusqu’à l’exploitation et la maintenance avec comme objectif la performance du site. Notre intervention auprès des porteurs de projet permettra ainsi de sécuriser les dossiers, notamment aux yeux des autres acteurs financiers ! » Cinq opérations ont d’ores et déjà bénéficié de l’intervention de Ter’Green et une trentaine d’autres sont à l’étude. 

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