Crédit Agricole | Thème Agriculture 
Le 31/10/17

Quand les villes cultivent leur avenir 

Et si, du béton, pouvaient jaillir des légumes, des fruits et même des algues et des poissons ? C'est tout le pari de l'agriculture urbaine, considérée par beaucoup comme une solution durable pour nourrir une humanité de plus en plus citadine.

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Les jardins associatifs urbains répondent à une forte demande des habitants. © 2017 iStockphoto

En France, 26 m2 de terres cultivées disparaissent chaque seconde. Mais alors que les campagnes se vident de leurs exploitations, les villes et leurs banlieues, elles, semblent prises d'une frénésie agricole. Et le phénomène est loin d'être cantonné à la France. Au Japon, par exemple, on parie sur de gigantesques fermes verticales où salades et légumes poussent sans terre dans un environnement millimétré. Aux États-Unis et en Australie, on ne compte plus les exploitations urbaines dédiées à l'aquaponie – une technique qui associe la culture des végétaux à l'élevage de poissons. Quant aux serres sur les toits, elles se développent dans de très nombreux pays. On assiste aussi à un boom des jardins associatifs urbains correspondant à une énorme demande des habitants dans toute l’Europe, aux États-Unis, au Canada et, de plus en plus, en Asie. Les micro-fermes multifonctionnelles se multiplient un peu partout.

Les raisons de cette déferlante verte sont multiples, allant du loisir au besoin de se rapprocher de la nature en passant par la volonté, de plus en plus partagée, de veiller à la qualité et à la provenance des produits alimentaires. Mais, surtout, il s'agit de répondre à un enjeu démographique : d’ici 2050, il y aura 9 milliards d’individus sur terre et 70 % vivront dans des centres urbains. Il faudra en conséquence augmenter la production alimentaire. L’agriculture citadine contribue donc à répondre, aussi, à un besoin élémentaire.

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Promouvoir l'insertion sociale à travers l'agriculture urbaine. © La Voix du Nord.

Une ferme urbaine pour et par les habitants

Elle peut être, par exemple, un moyen de lutter contre la pauvreté et la « malbouffe » que cette dernière engendre bien souvent. C'est le créneau sur lequel s'inscrit l'association les Agri-urbains du Hainaut, créée à Valenciennes fin 2015, avec le soutien de partenaires publics et privés, dont la Fondation Crédit Agricole Nord de France. Structuré autour de plusieurs activités (formation à l’agriculture, location de poulaillers aux particuliers, animations de découverte et de sauvegarde des abeilles, mise en culture de friches), son programme vise à expérimenter plusieurs concepts d'agriculture urbaine pour promouvoir l'insertion sociale et la protection de la biodiversité, tout en rapprochant les habitants de leur environnement. « Ce dispositif s’articule autour d’une ferme urbaine implantée sur un terrain mis à disposition par la municipalité et situé à proximité de trois quartiers particulièrement défavorisés », explique Viviane Olivo, déléguée générale de la Fondation Crédit Agricole Nord de France. En fin d'année, l’association devrait commencer à produire des fruits, des légumes, du miel et des œufs grâce à l'implication d'habitants bénévoles et de quatre salariés en insertion qui seront formés aux pratiques de la culture urbaine. « Ce projet innovant ne devrait pas rester isolé, poursuit Viviane Olivo. En effet, le projet de l'association comporte également un volet recherche/action qui permettra de dupliquer l'expérience ailleurs, à travers le réseau Cols Verts auquel sont affiliés les Agri-Urbains.»

Des containers aux chambres de culture

Si elles sont particulièrement actives, les associations ne sont pas les seules à s'intéresser de très près aux promesses de l'agriculture urbaine. De plus en plus d'entreprises de toutes tailles s'emparent, à leur tour, du sujet. C'est le cas de la coopérative InVivo qui a mis en place, cette année, une nouvelle entité baptisée InVivo Food & Tech. « Dédiée, d'une part, à la digitalisation des services, cette structure est aussi un laboratoire de recherche à 360° sur l'ensemble de la chaîne agroalimentaire, explique Yves Christol, son directeur. A ce titre, nous explorons, bien entendu, les potentiels de l'agriculture urbaine qui représente à nos yeux une piste sérieuse pour nourrir une planète qui comptera 70 % d'urbains d'ici à quelques années. » Alors que de nombreuses entreprises spécialisées dans la ferme verticale se concentrent avant tout sur les salades, InVivo Food & Tech se penche d'abord sur des végétaux oubliés ou lointains, ceux qui voyagent mal, en souhaitant apporter une dimension gustative. En ligne de mire, certaines espèces de tomates et de fraises particulièrement fragiles, par exemple.

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La nouvelle entité Food&Tech d'InVivo est installée Tour Carpe Diem, à la Défense (92).

Pour l'heure, la structure est en pleine expérimentation avec « deux conteneurs dans lesquels nous produisons des aromates dont le prix au kilo est traditionnellement élevé ». Les prochaines étapes ? Ouvrir les conteneurs à d'autres cultures (variétés de basilic plus exotiques, menthe, shiso…), et mettre au point de nouveaux dispositifs de production comme des chambres de culture implantées dans des bâtiments ou des caves à légumes. Et, dans un second temps, imaginer des solutions dédiées aux protéines végétales. Pour suivre cette feuille de route pour le moins ambitieuse, InVivo n'avance pas seul : « Nous nous appuyons en particulier sur InVivo Quest, notre programme d'Open Innovation qui nous permet de rencontrer des start-up avec l'aide d'un vaste réseau de partenaires où le réseau Village by CA figure en bonne place », indique Yves Christol.

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Potager expérimental sur le toit d’AgroParisTech.  © AgroParisTech

Etudiants aux mains vertes

D'initiatives citoyennes en innovations business, l'agriculture urbaine est un secteur en plein devenir, qui peut d’ailleurs compter sur sa propre filière de formation. En 2013, AgroParisTech a été la première école d'ingénieur à proposer une spécialisation de dernière année dans le cursus « Ingénierie des espaces végétalisés urbains (IEVU), option agriculture urbaine ou foresterie urbaine ». Cette formation d’une durée de douze mois, ouverte aux étudiants d’AgroParisTech et à d’autres élèves d’établissements de l’enseignement supérieur agricole, accueille aussi des professionnels dans le cadre d’une reconversion. « Elle a pour vocation de former des ingénieurs à même de concevoir et de gérer l’espace végétalisé dans les zones urbanisées », explique Christine Aubry, responsable de l’option « agriculture urbaine ».
« Ces cadres aux compétences scientifiques et techniques de haut niveau pourront proposer de nouvelles formes innovantes de gestion des espaces végétalisés urbains avec une dimension multifonctionnelle : productive, écologique, sociale, paysagère, économique », ajoute Marie-Reine Fleisch, co-responsable de la formation IEVU et responsable de l’option « foresterie urbaine ». Et de poursuivre : « Cette formation, très ouverte sur le monde professionnel, prépare également les étudiants à la négociation et la concertation avec les nombreux acteurs du développement urbain. »
La trentaine d’étudiants issus des premières promotions ont déjà, pour partie, créé leur propre structure d’agriculture urbaine ou sont employés par des collectivités développant des projets dans ce domaine ou encore, ont intégré un bureau d’études.

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Un master dédié à l'agriculture urbaine est proposé sur le campus UniLaSalle de Rouen. © UniLaSalle

Plus récemment, depuis cet automne, l'Institut polytechnique UniLaSalle propose, sur son campus de Rouen, un tout nouveau master of science dédié à l'agriculture urbaine et aux villes vertes. « Cette formation de dix-huit mois englobe trois domaines : les sciences du vivant, les sciences de l'aménagement et les sciences de la conception (étude du processus de conception et du design) », explique Marie-Asma Ben Othmen, responsable du master. Accessible à tous les étudiants ayant validé un diplôme bac + 4, elle vise à former de futurs professionnels de l'éco-innovation et de la réhabilitation de l'urbain. Ses contenus portent sur l'intégration du végétal en ville et ses différentes formes de valorisation ainsi que sur différentes technologies liées à l'aménagement durable : réseau électrique intelligent, recyclage, récupération des eaux de pluie… « L'ouverture de ce master part du constat que l'agriculture urbaine est un domaine où il y a encore beaucoup d'angles morts et où des problématiques très différentes s'entrecroisent », poursuit Marie-Asma Ben Othmen. L'arrivée de professionnels polyvalents capables de faire le lien entre toutes les parties prenantes des projets est de bon augure pour l'avenir.

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