Malt, plateforme européenne fondée en France en 2013, s’est imposée comme un acteur clé de la révolution freelance. Avec plus de 850 000 indépendants inscrits, elle bouscule les codes du travail et pousse les entreprises à repenser leur gestion des talents à l’instar du Crédit Agricole, avec laquelle elle collabore déjà. Aurélie Gallet, VP Sales et Innovation de Malt France, décrypte les impacts de ces mutations sur les RH et les modèles d’organisation.
Comment est née Malt ?
Aurélie Gallet : Malt a été co-créée en 2013 par Vincent Huguet et avec une idée simple : faciliter la rencontre entre freelances et entreprises, en cassant les codes de l’intermédiation classique. Il voulait une plateforme directe, transparente, et centrée sur les compétences. Aujourd’hui, plus de 850 000 freelance sont inscrits à travers toute l’Europe, dont 200 000 spécialisés en tech et data. En France, on accueille près de 15 000 nouveaux profils chaque mois.

« Aujourd’hui, plus de 850 000 freelance sont inscrits à travers toute l’Europe, dont 200 000 spécialisés en tech et data. En France, on accueille près de 15 000 nouveaux profils chaque mois. » Aurélie Gallet, VP Sales et Innovation de Malt
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Comment ce modèle de collaboration avec les freelance bouleverse-t-il l’approche traditionnelle des RH ?
A.G : Historiquement, la gestion des talents était centrée sur les salariés en CDI ou CDD. Le freelancing oblige à penser autrement : il faut gérer des ressources externes comme des partenaires à part entière, avec des enjeux d’intégration, de culture, de fidélisation. Cela demande de nouvelles compétences pour les RH, une capacité à créer des passerelles, à manager l’hybridité, et à repenser la manière dont on structure les équipes. On passe d’un modèle d’effectif stable à un écosystème dynamique de compétences. C’est un vrai changement de paradigme.
Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle vos pratiques RH et produit chez Malt ?
A.G : Notre plateforme est nativement boostée par l’intelligence artificielle depuis 2019. L’une de nos récentes innovations est AI Search, lancé il y a un an. Il permet de faire matcher un besoin en compétences à des profils freelances, via un assistant intelligent. On peut saisir un besoin via un prompt ou charger une fiche de poste, et l’IA extrait automatiquement les compétences clés demandées. Cela a totalement changé la logique : on passe d’une description de mission à une recherche par compétences. Plus des deux tiers de nos clients grands groupes utilisent cette fonctionnalité. En interne, nous avons créé Malt Academy, une académie IA pour former tous nos collaborateurs, y compris les commerciaux, à ces nouveaux outils, afin d’améliorer notre efficacité, etc. En revanche, nous ne l’avons pas encore intégrée dans notre propre processus de recrutement.
Quelles compétences sont aujourd’hui les plus recherchées par vos clients ?
A.G : L’IA a explosé ! Selon notre étude Malt Tech Trends 2025, les projets liés à l’intelligence artificielle en France ont connu une hausse de 170 % en un an, et la demande en freelance IA a suivi avec + 160 %. Parmi les expertises clés : IA générative, LLM, data, low/no code. Le cloud et la cybersécurité restent également très dynamiques, avec une attention croissante portée aux solutions souveraines, notamment européennes, face au contexte géopolitique.
Ces compétences s’intègrent dans des modèles d’équipes plus hybrides. Comment Malt accompagne-t-elle cette transformation ?
A.G : On parle beaucoup chez nous de « Super teams » : des équipes hybrides mêlant collaborateurs internes et freelances. Ce n’est pas nouveau, mais ce modèle prend de l’ampleur. Il permet aux entreprises d’être plus flexibles, agiles, et surtout d’aller chercher la bonne compétence au bon moment. Nous avons aussi publié un guide intitulé : les entreprises viennent de Mars, les freelance de Vénus pour aider les DRH à piloter ces collaborations. On s’investit également sur l’inclusion, notamment avec les freelance seniors, via l’étude Malt Trends Seniors. Contrairement aux idées reçues, 63 % d’entre eux ont choisi l’indépendance par conviction. Ils apportent de l’expertise, du recul, et une vraie valeur pour les entreprises.
On s’imagine souvent que les freelance sont jeunes. Est-ce un cliché ?
A.G : Oui. 53 % des freelances ont plus de 7 ans d’expérience avant de se lancer. Ce sont rarement des juniors. Certains veulent tester ce mode de travail, d’autres alternent avec le salariat. Ce n’est pas une mode ou une fuite, c’est un choix professionnel ancré dans une quête de sens, d’autonomie ou de diversité des projets.
Quels leviers mettez-vous en place pour fidéliser vos talents, freelances comme salariés ?
A.G : Côté salariés, nous avons mis en place un congé sabbatique offert après trois ans d’ancienneté. Un mois payé pour réaliser un projet personnel : voyager, écrire, se ressourcer. C’est un vrai levier d’engagement. Pour les freelance, le statut de Super Malter donne accès à une meilleure visibilité. En 2024, nous avons aussi organisé 150 événements pour notre communauté soit un tous les 1,6 jours ouvrés, allant de formations à du networking. Et notre siège à Paris accueille un espace de coworking ouvert aux freelance deux demi-journées par mois.
Quel sera, selon vous, le rôle des RH dans 5 à 10 ans ?
On a lancé un club RH fermé, Talent Together, pour justement réfléchir à cette question. Plusieurs grandes tendances émergent. D’abord, la logique de « Total Talent Management » : gérer toutes les ressources, internes et externes, de manière globale. Avoir une vision 360 pour mieux anticiper les besoins, structurer les compétences et optimiser les ressources. Ensuite, l’expérience freelance va devenir un enjeu majeur. On parle beaucoup de l’expérience collaborateur, mais très peu de celle des indépendants. Il faut penser onboarding, intégration, culture, suivi de mission, et même offboarding, c’est-à-dire dernière étape de l’expérience collaborateur, pour fidéliser les meilleurs. Les « Super teams » deviendront aussi la norme. Les RH devront apprendre à piloter ces équipes hybrides, à assurer cohésion et performance, et à intégrer pleinement les freelances dans leur stratégie de compétences. Enfin, les RH de demain seront celles qui sauront créer des passerelles entre salariat et freelancing, en accompagnant les transitions de carrière. Des groupes comme Schneider Electric commencent à proposer des programmes dans ce sens. C’est une vraie évolution de posture : les RH comme architectes de parcours professionnels, quel que soit le statut.
En savoir plus sur le partenariat Malt et Crédit Agricole

Instance politique du Crédit Agricole, la Fédération nationale du Crédit Agricole est une association loi 1901. Ses adhérents sont les Caisses régionales, représentées par leurs présidents et leurs directeurs généraux.
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