Thème Développement économique 
Le 06/05/19

L'évolution de la filière automobile 

Fer de lance de l'industrie française, le secteur automobile connaît aujourd'hui des évolutions sans précédent : transition énergétique, mutation industrielle, arrivée de la voiture autonome… Panorama d'une filière qui se transforme à vitesse grand V.

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Avec 4 000 entreprises qui emploient plus de 400 000 salariés et un chiffre d'affaires global estimé à 155 milliards d'euros, la filière automobile fait figure de fleuron de l'économie française, totalisant à elle-seule 18 % des revenus de l'industrie manufacturière hexagonale. Particulièrement dynamique à l'export grâce à ses grands constructeurs reconnus dans le monde entier, le secteur est aussi un vaste gisement d'innovations et demeure le champion incontesté du dépôt de brevets. A eux seuls, PSA, Renault et l'équipementier Valeo, ont ainsi déposé près de 2 500 demandes de brevet en 2017. Mais ces géants ne sont pas les seuls à innover. Traditionnellement très écosystémique dans ses fonctionnements, la filière intègre désormais une multitude de start-up qui défrichent les nouvelles tendances et renforcent ses capacités d'adaptation aux évolutions réglementaires, technologiques et sociétales. 

Cet apport de sang neuf n'a rien de superflu au vu des défis qui attendent les entreprises de l'automobile dans les années qui viennent. Le principal d'entre eux est d'ordre environnemental : en janvier 2019, l'Union européenne a ainsi voté une réduction drastique des émissions de CO2 et décidé d’imposer d’importantes réductions de celles-ci à horizon 2025, jusqu'à - 37,5 % en 2030 pour les véhicules particuliers. Des modalités spécifiques comme la bonification des véhicules à faibles émissions de CO2 ont été prévues, mais la pression reste énorme. Cette décision implique que, dans dix ans, les motorisations moins émissives (électrique à batteries, hybride, à l'hydrogène, au biométhane…) devront avoir séduit largement les consommateurs et disposer des infrastructures nécessaires à leur fonctionnement. 

Michelin et Faurecia misent sur l'hydrogène

Frappée de plein fouet par une chute sans précédent des ventes de véhicules diesel neufs en Europe (de 55 % de part de marché en 2012 à 36 % l'an passé), l'industrie automobile se prépare activement à ce changement d'ère. C'est en particulier le cas de Michelin et du grand équipementier Faurecia. Ils viennent d'annoncer leur volonté d’unir leurs forces dans une joint-venture autour de Symbio, entreprise pionnière des systèmes à hydrogène pour la mobilité, soutenue par Michelin depuis cinq ans. Objectif : créer un leader mondial des kits de piles à hydrogène pour les véhicules légers, utilitaires et poids lourds. « Cela fait plus de vingt ans que Michelin s'intéresse à ces technologies, remarque Julien Caron, responsable du développement des produits et services mobilité zéro émission. Comme il est évident que la dynamique s'accélère aujourd’hui, nous avons décidé d'aller plus vite et plus fort en nous rapprochant de Faurecia qui dispose, elle, de solides compétences dans la partie chaîne de traction ». 

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Michelin et Faurecia s’associent pour développer la pile à combustible, une technologie qui permet de propulser un véhicule électrique grâce à l'hydrogène.

Une solution d'avenir, si…

Avec quelques milliers de véhicules en circulation sur la planète, le marché de l'hydrogène est encore loin d'être mature. « Mais nous sommes convaincus que c'est une solution d'avenir, tant sur le plan environnemental, qu'en matière d'autonomie et de confort de conduite », ajoute Fabio Ferrari, directeur général de Symbio. Si la technologie est encore plus chère que celle d'un véhicule électrique classique, les prix devraient s'équilibrer rapidement. » Dans les faits, si l'hydrogène n'a pas encore réussi à réellement s'imposer, c'est en raison d'un manque flagrant de stations de recharge (27 en France actuellement). Or, sur ce point, la filière hydrogène française a trouvé la parade : développer en parallèle les stations et les flottes de véhicules qui permettent de les rentabiliser (d’où la priorité donnée aux véhicules professionnels, qui reviennent chaque jour au point de recharge). « Notre joint-venture s'intègre dans le programme Zero Emission Valley qui prévoit de déployer, d'ici 2020, 20 stations hydrogène et près de 1 000 véhicules utilitaires à hydrogène en Auvergne Rhône-Alpes, souligne Julien Caron. Michelin y joue un rôle majeur, aux côtés de cinq Caisses régionales de Crédit Agricole. Avec la structuration d'un acteur industriel de premier plan et cet engagement territorial inédit, je suis persuadé que la France prend un temps d'avance ! »

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Le programme Zero emission valley, porté par la région Auvergne-Rhône-Alpes, vise à accélérer le développement de la mobilité hydrogène.

L’autopartage, une tendance de fonds

On le constate, la décarbonation de l'industrie automobile avance… « Mais dans les prochaines décennies, la transition écologique passera également par l'optimisation de la ressource, en intensifiant l’utilisation des véhicules disponibles, indique Véronique Vigner, experte du secteur automobile au sein du service de prospective économique de Crédit Agricole SA. Dans la pratique, cela se traduit déjà par le recul de la propriété individuelle au profit de l'autopartage ou du transport à la demande ainsi que par des investissements massifs dans ces nouveaux domaines de la part de plusieurs grands constructeurs (PSA, Daimler, BMW, General Motors…). » 

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Le Crédit Agricole d’Ile-de-France a confié récemment la gestion de sa flotte de véhicules partagés à la société Ubeeqo.

Cap sur l'Industrie 4.0

Par ailleurs, l’industrie effectue un virage. Ce changement de tropisme est l'une des tendances de fond qui poussent les principaux acteurs de la filière à entrer dans l'ère de l'industrie 4.0. Ce concept désigne des usines où tous les éléments participant au processus de production sont connectés, aussi bien en interne qu’avec l’environnement extérieur de l’entreprise (clients, fournisseurs, distributeurs…). A la clé : des gains de productivité, d'énergie, de qualité, de confort de travail… et des coûts de production réduits. Pour un groupe comme PSA, l'industrie 4.0 était une évidence. En 2017, le constructeur a ainsi lancé un plan d'investissement de 200 millions d'euros pour transformer le site historique de Peugeot à Sochaux en usine du futur. « La réussite de cette démarche reposera en partie sur la capacité de tous nos équipementiers, partenaires et sous-traitants de toutes tailles à adopter les pratiques de l'industrie 4.0 », explique Jean-Charles Lefebvre, responsable de la communication du site Groupe PSA de Sochaux. Un pari de taille, qui concerne 45 000 emplois.

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Le site PSA de Sochaux.

Innover pour accélérer

C'est pour le relever que PSA s'est engagé il y a trois ans dans le projet porté par l'Agglomération du pays de Montbéliard et celle du Grand Belfort dans le cadre de l'appel à projets national Territoire Innovation Grandes Ambitions. « Nous nous sommes rapprochés du Village by CA de Besançon et de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard afin d'imaginer ensemble un centre d'innovation et d'accélération 4.0 qui sera implanté dans l'un des anciens ateliers du site. » Baptisé Mattern Lab, cet espace, qui devrait ouvrir ses portes en 2021, accueillera un open lab à destination des entreprises, des équipes de recherche, une ligne de production numérisée destinée à servir de support de formation pour les équipes de PSA et les entreprises du territoire ainsi qu'une structure dédiée aux start-up centrées sur le projet industriel, qui sera animée par le Village by CA. 

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Le Mattern Lab sera le lieu de rencontre d’entreprises, de start-up et de centres de formation composant l’écosystème de l’industrie 4.0.

Le virage autonome

« Au-delà des transformation industrielles, l'avenir de la filière automobile est soumis à un autre bouleversement massif : l'arrivée des véhicules autonomes, qui va amener les acteurs en place à développer de nouvelles compétences et faire émerger de nouveaux business modèles », ajoute Véronique Vigner. C'est le cas notamment de Lucie Labs, une start-up niçoise créée en 2013 par deux anciens collaborateurs de Texas Instruments et spécialisée dans les solutions connectées centrées sur l'éclairage à Led. « Initialement, notre terrain de jeu était le secteur textile, mais une rencontre avec un constructeur de véhicules autonomes nous a ouvert de nouveaux horizons », explique Yan Lee-Dajoux, cofondateur de l'entreprise qui compte désormais 14 collaborateurs.

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La voiture autonome ouvre un nouvel horizon et de nouveaux usages pour cette industrie.

Des LED dont on fait de l'information

Aujourd'hui Lucie Labs développe une solution de scénarisation et de pilotage de l'éclairage intérieur – et bientôt extérieur – des véhicules.  « L'idée est d'offrir une toute nouvelle expérience dans le "cockpit" en s'appuyant sur la lumière pour créer des ambiances dynamiques en fonction de l'environnement ou des goûts des occupants, transmettre des informations (appel entrant…) ou encore renforcer la sécurité », précise Yan Lee-Dajoux. Déjà commercialisée, la solution compte plusieurs clients équipementiers et est en cours d'évaluation chez un constructeur.