Thème Agriculture 

Comprendre la crise agricole

Le 01/03/10

La crise agricole 

Notre agriculture souffre d’un manque d’organisation économique

ARTICLE 4 v1

"Certes la crise est là mais elle est structurelle : la flambée des prix des matières premières en 2007/2008 n'a été qu’une parenthèse heureuse dans un mouvement tendanciel de dégradation du ciseau prix coûts de production". D'entrée de jeu, Michel Clavé, directeur de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire de Crédit agricole SA requalifie la délicate situation à laquelle se trouve aujourd’hui confrontée l’agriculture.

Pour Thierry Fellmann, sous-directeur du pôle économie et politique agricole aux Chambres d'agriculture, la crise agricole actuelle est l'une des conséquences de la crise financière et de la crise économique qui s'est propagée sur la planète entière. "Il s'agit essentiellement d’une crise de la demande, consécutive à la récession économique" qui a touché les États-Unis, l’Europe et l’Asie, la Chine notamment.

Un budget moindre alloué à l'agriculture

Davantage de régulation aurait-il permis d’atténuer les effets de la crise ? Certainement. Thierry Fellmann considère qu'il faut réhabiliter le stockage, qu'on a trop réduit et déconsidéré, pour limiter la fluctuation des prix à la hausse comme à la baisse.

En outre, l'abandon des quotas dans le secteur laitier "n’est pas la meilleure décision qu’on ait prise".

Michel Clavé ne croit pas au "grand soir", au retour aux temps anciens des quotas de production, des régimes d’intervention publique lourde ou d’une protection aux frontières. Pour la simple et bonne raison que les différents pays de l’Union européenne, y compris la France, ne veulent plus, ou ne peuvent plus, consacrer autant de moyens budgétaires à l’agriculture.

La gestion des investissements en question

Les agriculteurs auraient-ils profité de l'embellie des prix agricoles pour engager des investissements démesurés ? Ne seraient-ils pas trop endettés ? Michel Clavé n’y croit pas non plus. S'il y a eu parfois des investissements inconsidérés, c'est pour des raisons fiscales et ne pas payer d'impôts, regrette-t-il.

"Investir n’est pas une mauvaise chose en soi", précise Thierry Fellmann. La question qui mérite d’être posée est plutôt "la gestion des investissements au regard au regard de la volatilité des prix" souligne-t-il.

Un manque d'organisation

En tout cas, la crise d'aujourd'hui révèle un manque cruel d'organisation des productions et des filières. Un sentiment partagé aussi bien à Crédit Agricole SA qu'aux Chambres d'agriculture.

"L'organisation est un levier indispensable pour renforcer le poids des agriculteurs" face à la puissance des centrales d'achat et des échanges de plus en plus mondialisés. Mais "j'observe que les agriculteurs y croient moins", regrette Thierry Fellmann.

Bref, les agriculteurs seraient trop individualistes. "Notre secteur agro-alimentaire repose sur de nombreuses PME. Mais il n'y a pas assez de structures adaptées à un monde de plus en plus globalisé", renchérit Michel Clavé.

Et de citer notamment l'exemple du vin, où la multiplicité des opérateurs nuit à la présence française à l’international. La faute en serait à une gestion passée qui n'a pas accordé suffisamment de place à l'économie des filières et des entreprises agricoles.

Trouver des solutions

Ce renforcement de l’organisation passe par un rôle accru confié aux interprofessions, davantage de contractualisation, la constitution de groupes dynamiques.

Michel Clavé l’appelle de ses vœux, comme d’ailleurs Thierry Fellmann. Ce serait aussi le moyen d'anticiper sur la baisse drastique des soutiens aux agriculteurs qui ne manquera pas d'intervenir dans la prochaine Pac.

En espérant qu'il n'est pas trop tard.

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